Traçage numérique

En suivant les mouvements d’une personne en fonction des données de localisation d’un téléphone portable, on peut en déduire l’adresse de son domicile et son lieu de travail, cartographier ses interactions économiques et sociales. Ainsi, la collecte de données de localisation est extrêmement intrusive; c’est une mine d’informations très révélatrice sur la vie d’une personne.

En conséquence, sans des garanties appropriées, les outils de suivi et de géolocalisation peuvent permettre une surveillance omniprésente de la population.

Dans le contexte d’une crise de santé publique, telle que l’épidémie de COVID-19, un gouvernement peut vouloir s’appuyer sur le suivi de localisation pour cartographier l’évolution du virus et planifier les réponses. Si l’objectif de suivre en temps réel l’évolution de l’épidémie peut être bénéfique et permettre de sauver de nombreuses vies, il n’en reste pas moins fondamental de prévenir tout risque de dérive quant à l’utilisation de ces données sensibles collectées à si grande échelle.

Mais un tel suivi pose un certain nombre de problèmes. Premièrement, il est important de noter que le suivi de l’emplacement du téléphone portable permet de suivre le téléphone des personnes, pas le virus.

Un gouvernement qui adopte la stratégie de géolocalisation en s’appuyant sur les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d’accès internet, cartographie la maladie en croisant les données de localisation des populations avec des informations sur les cas infectés.

Une pratique qui comporte des risques de traquer individuellement la population.

Deuxièmement, l’emplacement géographique peut ne pas être utile parce que les gens peuvent conduire, marcher, prendre les transports publics ou travailler dans un immeuble ; aussi, connaître l’emplacement géographique d’une personne ne donne qu’une partie de l’information, tout en sacrifiant sa vie privée.

Ainsi, l’utilisation de la géolocalisation pour aider à lutter contre la propagation des virus devrait être menée d’une manière respectueuse des droits qui favorise la confiance dans le gouvernement et protège la sûreté et la sécurité individuelles, étant donné le risque accru de faire boule de neige sur la surveillance de masse mise en œuvre par un gouvernement.

Développée sans garanties appropriées, le traçage numérique expose des informations privées qui ne sont pas nécessairement pertinentes pour la lutte contre le coronavirus et placent l’ensemble de la population d’un pays sous le contrôle et la surveillance.

Au Sénégal, une telle solution numérique a été mise en œuvre dans l’opacité la plus totale. Tout au plus, une bride d’information pour nous annoncer que le gouvernement ne peut se passer d’une telle solution sous prétexte de protection des données personnelles.  

Dans les avis trimestriels n°1, n°2 et n°3 de 2020 de la CDP, il n’est fait mention d’une quelconque solution de traçage numérique.

Cependant, dans un communiqué publié le 24 avril 2020, elle annonce avoir été saisie d’un avis pour la mise en œuvre de solutions digitales e-santé et potentiellement de localisation.

L’autorité s’est gardée d’informer sur la solution de dépistage et de suivi des personnes contacts mise en œuvre.

Dans son communiqué, la CDP n’a fait que justifier la légalité d’une telle solution tout en rappelant des principes.

Elle n’a fait mention d’aucun contrôle à faire pour vérifier le respect des dispositions légales afin que les données liées à ce système soient effacées, ou rendues inaccessibles le plus rapidement car les individus rencontrés par une personne contaminée, ou certaines réponses des personnes contaminées, n’ont pas forcément besoin d’être conservées pendant longtemps.

Un contrôle régulier de cette solution devrait être fait par la CDP pour s’assurer de la sécurité des dispositifs et la responsabilisation des personnes ayant accès aux fichiers créés.

La vigilance devrait s’imposer et requérir des garanties sur ces solutions de santé digitales.